Environnement

L’administration allemande veut apprendre à vivre sans Microsoft

Apr 8, 2026 IDOPRESS

L'Allemagne veut préserver son autonomie numérique. (SEBASTIEN LAPEYRERE / HANS LUCAS)

Si un livre ou un article de presse peut revêtir une couleur politique,le traitement de texte qui a servi à les rédiger est également un sujet politique à part entière.

Les analystes estiment qu’en 2025,le logiciel Word édité par Microsoft détient une part de marché estimée entre 85 % et 90 % du marché mondialdes traitements de textes. Sachant que,désormais,l’accès à un tel logiciel ne s’effectue plus avec un programme informatique stocké sur l’ordinateur de l’utilisateur - comme c’était le cas à l’époque des disquettes - mais par un accès Internet en continu à un service hébergé dans les infrastructures de Microsoft.

Microsoft,un sujet très politique

Nous avons raconté dans cette chronique à l'automne 2025 comment le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) s’était vu subitement privé de ses accès à sa messagerie Microsoft en application d’un décret présidentiel de Donald Trump. Le logiciel,même grand public,est donc devenu un sujet très politique.

Illustration supplémentaire avec la décision prise fin mars 2026 par l’IT-Planungsrat, l’instance fédérale de coordination en charge en Allemagne de la numérisation de l’administration publique.

Elle impose à toutes les administrations fédérales d’ici 2028 de ne recourir exclusivement qu’à deux formats pour publier des documents : d’une part,le format PDF dans sa version d’accessibilité universelle (PDF/UA),c’est-à-dire utilisable également par les aveugles et les malvoyants via des lecteurs d’écran,ou des personnes ayant des difficultés motrices avec une possible navigation dans le texte via un sommaire cliquable.

Et d’autre part,dans le format ODF (OpenDocument Format) qui est un modèle ouvert et gratuit de fichier pour réaliser des documents de bureau,à l’instar de Word.

Préserver l'autonomie numérique allemande

L'exclusion des formats commercialisés par Microsoft est le premier effet de cette annonce marquante de l’administration fédérale allemande. Une démarche de rupture afin de restaurer la souveraineté numérique du pays et de réduire sa dépendance à des fournisseurs soumis à des lois extraterritoriales.

L’emploi d’interfaces ouvertes - et non de logiciels propriétaires,le recours à des infrastructures locales de stockage de données,et le choix de solutions open source marquent très clairement la volonté de se mettre à l’abri des opérations d’ingérence numérique.

Qui peuvent aller de la captation des données à distance à l’interruption téléguidée ("kill switch") par une décision politique qui paralyserait le fonctionnement de l’entité utilisatrice de ces services numériques aujourd’hui omniprésents dans toutes les organisations privées ou publiques.

En France,des initiatives locales

Notre pays affiche l’intitulé de "la souveraineté numérique" au fronton du Ministère de l’économie à Bercy mais ne semble pas encore prêt à un tel virage technique… et politique.

Les initiatives viennent plutôt de villes. Comme Lyon qui annonce en juin 2025 ne plus vouloir être dépendante des solutions logicielles américaines et remplacer dans ses services municipaux Microsoft par des logiciels libres. Ou Echirolles en Isère qui depuis 2021 privilégie aussi les logiciels libres.

Une démarche de mise à l’écart de Microsoft entamée depuis le début des années 2000 par la Gendarmerie nationale,particulièrement en pointe sur son autonomie en matière de programmes informatiques.