Profondeur

\"On va vraiment avoir des problèmes\" : la multiplication des constellations de satellites menace le ciel nocturne

Jul 3, 2026 IDOPRESS

Le ciel nocturne au-dessus de la ville allemande Falkenhagen,le 15 décembre 2025. (PATRICK PLEUL / DPA )

Le ciel nocturne risque une pollution inédite. Les projets de méga-constellations auraient des "conséquences dévastatrices pour l'astronomie",alerte l'Observatoire européen austral dans une étude,qui évalue à 100 000 le nombre de ces engins à ne pas dépasser pour préserver notre capacité à observer le ciel. Cette étude,menée par l'Observatoire européen austral (ESO),et publiée mercredi 1er juillet dans la revue scientifique Astronomy & Astrophysics,est la première à évaluer dans quelle mesure les constellations de satellites de grande taille et très lumineuses affecteraient les observations astronomiques en rendant la nuit plus claire.

Depuis 2019,le nombre de satellites en orbite autour de la Terre a augmenté rapidement,pour atteindre aujourd'hui 14 000,principalement des satellites de télécommunications Starlink de SpaceX. Et ce n'est qu'un début. La société d'Elon Musk prévoit de mettre en orbite un million de satellites supplémentaires,destinés à des centres de données spatiaux.

Projets chinois,américains,publics et privés

D'autres projets,comme Cinnamon de la start-up E-Space ou les constellations chinoises CTC-1 et CTC-2,ajouteraient des centaines de milliers de satellites supplémentaires en orbite. Sans parler de Reflect Orbital,une start-up américaine qui a pour objectif de lancer d'ici 2035 jusqu'à 50 000 très grands satellites ressemblant à des miroirs afin de fournir de la lumière solaire la nuit grâce à des faisceaux réfléchissants. Au total,ce seraient plus de 1,7 million de satellites qui pourraient orbiter autour de notre planète et saturer le ciel nocturne que tentent de scruter les télescopes au sol.

"Lorsqu'un satellite passe devant ce que nous observons,il laisse une traînée lumineuse sur notre image,masquant tout ce qui se trouve derrière lui",explique Olivier Hainaut,astronome à l'ESO et auteur de l'étude. "Depuis quelques années,ça arrive quotidiennement,mais c'est encore supportable. Mais si on passe de 14 000 à 1,7 million on va vraiment avoir des problèmes",poursuit auprès de l'AFP le chercheur,qui s'inquiète notamment de ceux conçus pour être extrêmement brillants.

Une limite à 100 000 engins ?

Même quand ils ne pointeront pas directement l'observateur avec leurs miroirs,la lumière diffusée par les satellites de Reflect Orbital les ferait apparaître dans le ciel comme des milliers de Vénus,la fameuse "étoile du berger". "Qu'on soit en Auvergne,dans le Sahara ou dans le désert d'Atacama,le ciel tel qu'on le verrait ne serait plus un ciel pur,mais ressemblerait à celui qu'on voit en banlieue d'une ville",raconte le chercheur.

Pour éviter des conséquences dramatiques pour l'astronomie au sol,le nombre de satellites en orbite devrait être limité à 100 000 et ceux-ci devraient être suffisamment peu lumineux pour ne pas être visibles à l'œil nu depuis un site sombre,avance l'étude. Elle a servi de base à un commentaire adressé par l'ESO,en collaboration avec la Royal Astronomical Society britannique et l'Union astronomique internationale,à la Commission fédérale des communications américaine en charge d'examiner les demandes d'autorisation déposées par SpaceX et Reflect Orbital.